En éducation : arrêtons de faire ce qui ne fonctionne pas !
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Les parents d'aujourd'hui.
Aujourd’hui, certains parents n’ont jamais été aussi investis dans l’éducation de leurs enfants.
Ils lisent, s’informent, consultent, accompagnent les devoirs, dialoguent, cherchent à bien faire. Jamais on n’a autant parlé d’éducation.
Et pourtant, quelque chose ne va pas.
De plus en plus d’enfants sont en difficulté : à l’école, dans leurs relations, face à eux-mêmes. Ils sont anxieux, démotivés, en perte de confiance. Certains échouent, d’autres avancent sans élan. Et cela arrive souvent dans des familles aimantes, présentes, attentives.
Ce paradoxe mérite d’être interrogé sérieusement. Non pour désigner des coupables, mais pour comprendre ce qui, malgré de bonnes intentions, ne fonctionne pas.
Quand l’implication parentale ne suffit plus
Les recherches sont claires : le manque d’investissement des parents constitue un facteur de risque majeur pour le développement de l’enfant. Sur ce point, le consensus est large.
Mais une seconde réalité, beaucoup plus dérangeante, apparaît tout aussi nettement : l’implication parentale, à elle seule, ne garantit en rien la réussite de l’enfant.
Dans ma pratique, j’ai accompagné de nombreux enfants en difficulté dont les parents étaient pourtant très investis.
Des parents qui soutiennent, encouragent, posent des règles, consultent des professionnels… et qui ne comprennent pas ce qui bloque.
Alors une question s’impose :
si ce n’est pas seulement ce que font les parents qui pose problème, qu’est-ce qui manque ?
Les réponses habituelles… et leurs limites
Face aux difficultés d’un enfant, les réponses sont souvent les mêmes : plus de travail, plus de soutien, plus de cadre, plus d’activités, parfois plus de pression.
Ces réponses peuvent être utiles. Mais elles ne suffisent pas toujours.
Parce que le problème n’est pas seulement ce que fait l’adulte, mais pourquoi il le fait.
Autrement dit : à partir de quelles idées sur l’enfant, sur l’apprentissage, sur l’erreur, sur la réussite et sur le bonheur.
Car toute action éducative repose sur des croyances, souvent implicites :
- apprendre serait forcément difficile ;
- l’erreur serait un échec ;
- la réussite devrait être visible, mesurable, rapide ;
- un enfant qui ne progresse pas manquerait de volonté ou de motivation
- L’enfant est mauvais pas nature, il faut le “corriger”.
Tant que ces représentations ne sont pas interrogées, on risque de répéter — avec constance et bonne volonté — des gestes éducatifs inefficaces.
La posture adulte : un angle mort de l’éducation
La posture parentale désigne la manière dont un adulte se positionne intérieurement face à un enfant, à ses apprentissages et à ses difficultés. Elle ne relève pas d’une technique, mais d’un rapport à la relation adulte–enfant, et plus profondément, d’une manière de penser l’éducation.
Deux parents peuvent adopter des comportements similaires — aider aux devoirs, encourager, structurer le quotidien — et produire des effets très différents selon leur posture intérieure.
C’est souvent là que tout se joue. Et c’est aussi ce que l’on regarde le moins.
Le regard clinique : quand l’enfant parle autrement
La clinique apporte un éclairage essentiel : un enfant n’exprime pas toujours ses difficultés par des mots.
Il les exprime par son comportement, ses blocages, ses refus, ses silences, ses crises ou son découragement.
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Un comportement difficile est rarement un problème à corriger. C’est souvent un message à comprendre.
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Derrière un refus d’apprendre, il y a souvent plus de peur que de mauvaise volonté.
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Derrière l’échec, il peut y avoir une tentative de protection.
La clinique rappelle une chose fondamentale : on n’apprend jamais indépendamment de son histoire émotionnelle.
Le cas de Mareva : quand apprendre devient dangereux
Dans le lycée où j’enseigne, j’exerce également comme coach scolaire. J’aide les élèves à comprendre et à dépasser leurs blocages face aux apprentissages.
Un jour, Mareva (nom d’emprunt) vient me voir :
« Il paraît que tu peux m’aider, est-ce qu’on pourrait se voir ? »
Elle aime les mathématiques, travaille sérieusement, mais ne comprend rien. Son professeur lui a même déconseillé de choisir cette spécialité.
Nous faisons alors un travail de régression et retrouvons le moment précis où elle est devenue « nulle en maths ».
Elle est en CE2. Malade, absente plusieurs jours. Son père veut l’aider à rattraper. Mais elle ne comprend pas. Il s’agace. Plus il s’énerve, moins elle comprend. Moins elle comprend, plus il s’énerve ! Puis il lâche : « Tu es aussi nulle que ta mère. »
Pour l’enfant, c’est un choc émotionnel intense. Son cerveau enregistre une équation simple et durable : “maths = danger”.
Sept ans plus tard, ce programme est toujours actif.
À chaque confrontation aux mathématiques, son cerveau se met en “bug”. Elle stresse, perd ses moyens, et ses capacités s’effondrent.
Nous travaillons alors sur l’émotion associée à cet événement, notamment par une séance d’EFT. Une fois le blocage levé, quelques cours particuliers suffisent.
Elle choisira finalement la spécialité mathématiques jusqu’en terminale et réussira son baccalauréat sans difficulté.
On ne lève pas un blocage scolaire avec des exercices supplémentaire quand sa cause est émotionnelle.
Pourquoi ce regard est possible
Enseignant, depuis 1991, j’accompagne des enfants et des adolescents dans leurs apprentissages.
Depuis 2001, j’interviens également dans la formation des enseignants.
Ce travail m’a conduit à m’interroger sur ce qui se joue derrière les pratiques pédagogiques : qu’est-ce qu’apprendre ? comprendre ? faire erreur ? réussir ? échouer ?
Parallèlement, depuis 2005, je me suis formé à la psychologie et aux thérapies brèves. J’exerce aujourd’hui comme coach et conseiller en psychobiothérapie, en accompagnant jeunes et adultes dans le dépassement de leurs traumatismes.
J’ai ainsi pu croiser trois champs étroitement liés :
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l’épistémologie, qui questionne notre manière de penser le développement de l’enfant ;
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la pédagogie, qui correspond aux actes posés pour accompagner l’apprentissage ;
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la clinique, qui éclaire la le rôle de l’histoire personnelle dans les difficultés.
Sans réflexion épistémologique, l’éducation devient vite dogmatique, “on fait comme ça parce qu’on a toujours fait comme ça” sans tenir compte des avancées extraordinaires des neurosciences éducatives.
L’éducation sans approche clinique, c’est nier la singularité de chaque enfant. La clinique rappelle que l’on n’apprend jamais indépendamment de son histoire.
Quand on cherche seulement à corriger le comportement, on risque de passer à côté du message.
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Un comportement difficile est le signe qu’il y a quelque chose à comprendre, pas quelque chose à corriger voir punir.
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Derrière un refus d’apprendre, il y a souvent plus de peur que de mauvaise volonté.
Ainsi, épistémologie, pédagogie et clinique forment le triptique de l’éducation et c’est à la croisée de ces trois regards que ma réflexion a pris forme.
Un nouveau paradigme : la posture de réussite naturelle
Les neurosciences et la psychologie du développement convergent aujourd’hui vers une idée essentielle :
l’enfant possède en lui tout ce qu’il faut pour se développer et réussir.
S’il ne réussit pas — au sens large du terme — ce n’est jamais par manque d’intelligence ou de potentiel, mais parce que :
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ses besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits ;
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certaines mémoires émotionnelles entravent son élan naturel.
Dans ce cadre, le rôle du parent n’est pas de fabriquer la réussite. Il est de ne pas entraver un enfant déjà en mouvement en adoptant une posture de réussite naturelle.
J’appelle posture de réussite naturelle la manière dont un parent — ou un adulte accompagnant — se positionne intérieurement face à l’enfant, à ses apprentissages et à ses difficultés. Cette posture repose sur une idée simple mais exigeante : l’enfant porte en lui un élan naturel pour grandir, comprendre et se développer, à condition que rien ne vienne entraver ce mouvement.
La réussite n’est alors plus un parcours à construire ni une pression à exercer, encore moins un ensemble de limites à poser, mais la conséquence de conditions de développement optimales mises en place par l'adulte.
Adopter une posture de réussite naturelle, ce n’est ni lâcher prise ni contrôler davantage ; c’est apprendre à soutenir sans contrôler, à offrir des repères fiables sans contraindre, et à accueillir les difficultés comme des signaux à comprendre plutôt que comme des défauts à corriger.
Pourquoi accueillir les émotions change tout
L’émotion n’est pas un obstacle à l’apprentissage.
Elle en est la condition.
Un enfant qui ne se sent pas en sécurité intérieure ne peut pas mobiliser pleinement ses capacités cognitives. Tant que l’émotion n’est pas reconnue, le développement reste entravé.
Beaucoup de parents se sentent démunis face aux émotions de leur enfant.
Ils veulent bien faire, mais ne savent pas comment accueillir sans se laisser déborder, comment contenir sans réprimer, comment accompagner sans minimiser.
L'émotion est une dimension de l'être humain qui est souvent ignoré par les éducateurs, et pourtant, c’est souvent là que tout commence.
En conclusion
Arrêter de faire ce qui ne fonctionne pas, ce n’est pas renoncer à éduquer.
C’est changer de regard, changer de posture.
Passer du contrôle à la compréhension, du résultat au processus, de la correction à l’accompagnement.
C’est offrir à l’enfant ce dont il a le plus besoin : un adulte présent, bienveillant et bien-traitant, capable d’accueillir ce qui se joue — y compris émotionnellement.
Dans les articles suivants, je développerais en détails tout ce dont je viens de parler : la posture de réussite naturelle, le rôle de l’épistémologie, l’apport de l’approche clinique dans l’éducation…
Aller plus loin tout de suite : se former à l’accueil des émotions
Si cet article fait écho à ce que vous vivez avec votre enfant, si vous sentez que les émotions sont parfois le point de bascule — ou de blocage — alors c’est précisément là qu’un accompagnement peut faire la différence.
Nous avons créé une formation spécifiquement dédiée à cette dimension essentielle de l’éducation :
« Accueillir les émotions ».
Une formation pour :
- comprendre ce que les émotions expriment réellement ;
- ajuster sa posture pour favoriser l’expression sincère de l’enfant;
- accompagner l’enfant sans s’oublier soi-même.
Cette formation a lieu samedi 7 février 2026 à Tahiti, au lycée Samuel RAAPOTO.
S’inscrire à la formation « Accueillir les émotions », c’est choisir de changer de regard… pour permettre à l’enfant de retrouver son élan naturel.
Apprendre à :
Mettre quelqu'un en confiance.
Favoriser l'expression sincère.
Comprendre le ressenti des autres.
Accueillir les émotions sans vouloir les faire disparaître.
Aider les autres à trouver leurs propres solutions.
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